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Mercredi 30 juillet 2008

Levant sa coupe de champagne sans réelle conviction, Sorane ne parvenait pas à se convaincre de la légitimité de la joie de ses compagnons. Oui, elle ne dormait plus. Oui, la Belle au Bois Dormant avait enfin été réveillé, mais avait-elle ouvert les yeux pour un monde meilleur ? Rien n’était moins sûr. Des années durant, Sorane avait, lui aussi, lutté contre la sphère, contre l’IRAP, contre ce qu’il estimait être une barbarie, une atteinte à la nature humaine. Il avait toujours pensé que recueillir une petite orpheline pour la placer en cage et l’observer à toutes heures du jour et de la nuit n’était pas acceptable, qu’elle devait sortir de cette cage, savoir la vérité, connaître le monde qui l’entourait. Mais jamais il n’avait, à proprement parlé, pensé à Gabrielle elle-même.

Assistant pour l’IRAP, il s’était fait engagé comme veilleur de nuit auprès de Gabrielle pour mieux pouvoir veiller sur elle. Après tout, n’était-il pas lui-même diplômé d’histoire, se faire engager avait été pour lui un jeux d’enfant. Pour mieux servir la cause qu’il défendait, il avait intégré l’équipe du professeur Bleind. Petit à petit et nuits après nuits, il avait apprit à découvrir le cœur de Suraya, car c’était bien sa vie que Sorane avait passé des heures à observer et non celle de Gabrielle. C’est la nuit que les cœurs se révèlent, c’est la nuit que les âmes sortent au travers les larmes, les soupirs et les longs monologues prononcés dans le noir. Ces phrases vident de sens réelles que l’on prononcent le soir lorsque, plongé dans le noir, on entrevoit avec une clairvoyance effrayante les conséquences de sa propre vie. Tout semble si clair, si limpide, ces soirs là. On comprend, on analyse, on se rend compte que ce n’est pas ce que l’on avait rêvé pour soi.

Ces soirs là, Sorane les avait vécut lui aussi. Le rituel de la remise en question. Le noir de la nuit reflète notre âme avec la clarté d’un miroir. Toujours ce vide qui pèse dans le cœur et ces interminables questions. Gabrielle n’avait pas dérogé à la règle, mais ce n’est pas elle qui parlait dans ces moments là, les mots, les phrases, sortaient tout droit du cœur de Suraya. Une âme déchue depuis plusieurs centaines d’années qui se révélait au travers les lèvres d’une femme prisonnière d’une sphère glacée.

Sorane n’avait pas tout de suite fait la différence entre les deux femmes. Gabrielle était condamnée à suivre la vie de cet écrivain qui avait survécue aux holocaustes du passé par le biais du souvenir gravé dans le papier. Chaque geste effectué avait été fait presque six cent ans en arrière, chaque parole, chaque moment avait déjà été vécut. Tout était réglé à la perfection.

Sorane se rebellait contre cela, Gabrielle avait le droit d’exister en tant que femme à part entière. Elle avait une âme, un cœur propre à elle. Il estimait qu’elle devait avoir la chance de vivre pour elle.

Dès la naissance du projet de l’IRAP, un groupe de protestation s’était aussitôt formé pour obliger le gouvernement à libérer Gabrielle. Leurs manifestations en plein jour avaient été étouffées dans l’œuf, le gouvernement avait mis trop d’argent dans ce projet. Alors, pour garder un œil sur tout cela, plusieurs opposants cachés s’étaient fait embaucher au sein du centre. Sorane était de ceux là.

Il était à peine plus âgé que Gabrielle, il se souvenait de la première fois qu’il l’avait vu évoluer dans sa bulle de verre. Il était enfant, son père, éminent chercheur du centre, était l’un des piliers du projet. Il l’avait emmené au travail un soir qu’il n’avait pas pu faire autrement.

Et Sorane l’avait vu, flottant au milieu du vide à faire des gestes, prendre des objets et parler avec des personnes qui n’existaient que dans son monde. Elle ressemblait à ses mimes que l’on croise parfois dans la rue ou dans des théâtres. Personnages fantastiques qui vivent dans un monde imaginaire. Acteurs burlesques qui vivent pour faire rire les gens. Mais Sorane n’eut pas envie de rire ce jour-là. Il eut plutôt de la peine à voir cette petite fille qui tendait les bras, réclamant à grands cris un câlin à une mère qui n’existait pas. Et lorsque ses bras se refermèrent sur le néant, voyant le visage de bonheur de l’enfant, Sorane ne put réprimer une larme. C’était cruel comme spectacle. Il se jura qu’un jour, il y mettrait fin. C’était durant les vacances, Sorane n’était pas à l’internat. Son père, cet été, l’emmena plusieurs fois à son travail. Il devint très vite familier de cette petite fille qui mimait son existence et commença à ressentir pour elle une profonde amitié. Garçon solitaire, Sorane n’avait pas beaucoup d’amis à qui parler. Puis un jour, un soir que son père était de garde seul, occupé dans une pièce voisine à relever quelques données sur la journée de Gabrielle, Sorane s’approcha de la sphère. La petite fille venait de se mettre au lit. S’approchant doucement sans toucher à la sphère, il lui murmura son nom : « Gabrielle ».

Sorane recula vivement. Elle venait de bouger, elle avait relevé la tête cherchant dans la pénombre l’origine de cette voix.

Sorane n’en croyait pas ses yeux, elle l’avait entendu ! A six cent ans d’écart, sa voix était parvenue aux oreilles de Gabrielle.

Il lui parla plusieurs fois après cette nuit. Certaines fois, elle entendait, d’autres pas.

Sorane, à ce moment précis, ne le savait pas encore, mais il avait provoqué une cassure dans le projet « Suraya ». Une cassure qu’il découvrirait des années plus tard.

L’été touchant à sa fin, Sorane fut renvoyé dans son école. Des années passèrent avant que le projet « Suraya » ne soit révélé au grand jour. Sorane étudiait sa dernière année d’histoire, il se souvint. De cette petite fille dans sa bulle, de son amitié pour elle, et de sa promesse face à cette enfant qui souriait en embrassant le néant. Il se souvint de cette première nuit où il lui avait parlé et qu’elle avait réagit à sa voix.

Sorane courut s’acheter la biographie de Suraya et la lut d’un trait. Il connaissait à présent, la vie qu’elle mimait. Son diplôme en poche, il rejoint le groupe d’opposants et se fit engager comme veilleur de nuit auprès de Gabrielle. Son père, fier de son fils, l’avait même aidé sans connaître ses desseins.

C’est alors que, seul avec cette jeune femme qu’il avait connu enfant, le cœur battant, Sorane essaya à nouveau depuis des années de lui parler. Les lèvres sèches, les mains tremblantes, il se rapprocha de la sphère et prononça à nouveau son nom : « Gabrielle ? ». C’était plus une supplication qu’un appel.

« Réagis, rappelles-toi de moi Gabrielle. Je t’en prie. Je te parlais étant enfant, et tu m’entendais souvent. Ecoutes-moi Gabrielle. C’est ton nom. Ecoutes-moi, je t’en prie.

Un signe, un geste. Prouves-moi que tu m’as entendu. Gabrielle ? ».

Elle releva la tête, chercha du regard, attentive au bruit. Elle avait entendu. Sorane sentit son cœur battre la chamade de joie. Il sentait qu’un lien se tissait entre eux, le lien de son enfance reprenait vie.

Il lui parla souvent, toutes ses nuits de gardes, il les passait à lui parler. Confidente attentive, il ne savait pas si elle comprenait tout, mais elle écoutait. Mieux même, Sorane se rendit compte qu’au fil du temps, elle le cherchait, lui parlait elle aussi, elle l’appelait. Baptisé « Le Soupirant », du fait que sa voix était perçue comme un murmure, un soupir. Avec elle, Sorane, se sentait autre, différent, vrai. Plus vrai qu’il n’était avec personne. Elle lui racontait sa vie, la vie de Suraya, une vie qui n’était pas la sienne. Elle faisait semblant, mais elle ne le savait.

« Amitié d’un seul soir
Que l’on rencontre au fin fond d’un bar
Pour une soirée à l’alcool noyé
C’est un mirage d’amitié
Lorsqu’on conjugue le malheur au désespoir
Et que l’ivresse pousse à parler
Pour une lumière sortie du noir
On aime des amis fabriqués
Et l’on raconte la vie que l’on aimerait avoir
On masque la détresse sous fausse identité
On refait son monde, on voudrait y croire
Ô comme la vie est belle lorsqu’elle est inventée
Que jamais, non jamais, ne finisse ce soir
Ma vie me plait tant telle que je l’ai raconté
Si la nuit se meurt et que le jour redémarre
Je devrais redevenir celle que sous la Lune j’ai reniée
Mais les heures passent et déjà s’efface le soir
Mes amis pardonnez-moi je vais devoir vous quitter
Je ne sais pas qui vous êtes et refuse de le savoir
Maudit soit le jour c’est la nuit qu’on peut tricher
Adieu donc, Ô amis d’un seul soir
Rencontrés dans une lueur d’espoir
Vous qui demain m’aurez oublié
Merci de m’avoir donné un mirage d’amitié. »

 Merci Gabrielle !

 Un soir qu’il s’apprêtait à prendre son service, il constata qu’une grande agitation régnait dans le centre. Les savants se passaient des graphiques, des documents et discutaient, l’air visiblement agités.

Sorane s’enquit auprès de son père.

- Gabrielle a dévié du programme, expliqua ce dernier, elle parle d’une « voix ». Ce n’est peut-être rien, chacun sait que Suraya était versée dans le spiritisme et que cela était inculqué à sa croyance. Ce ne doit être rien d’autre qu’une folie fantasque mais nous voulons vérifier avec les données de l’autobiographie.

Une voix ! Sorane comprit aussitôt que Gabrielle parlait de lui. Et il comprit également ce qu’il avait provoqué.

Pour la première fois de son existence, Gabrielle vivait quelque chose que Suraya n’avait pas vécue. La cassure était là. Elle déviait du chemin tracé pour elle. Il fallait continuer, appeler Gabrielle sans relâche, il fallait qu’elle comprenne à tout prix.

Le calme revenu, Sorane s’aperçu que Gabrielle le prenait pour un fantôme, une voix d’outre-tombe. Peu importe, le train était en marche et Sorane comptait aller jusqu’au bout.  

Jusqu’à cette nuit-là, cette fameuse nuit où voyant que Gabrielle cherchait à comprendre, il saisit l’occasion et la fit sortir de la sphère. Le plan était simple, il fallait l’obliger à admettre que tout autour d’elle n’était qu’illusion et mensonge. Elle devait sortir d’elle-même de la sphère, de sa propre volonté.

Sorane la regarda placer ses mains face au mur et découvrit stupéfait l’expression d’horreur qui passa sur son visage lorsqu’elle traversa une surface qu’elle croyait dure. Tombée six cent ans dans le futur, Sorane, n’eut qu’à tendre les bras pour la rattraper alors que son corps frêle sortait de sa sphère de sécurité pour la première fois.

- « Sorane ? ». Ce fut le premier vrai mot de Gabrielle.

- « Oui, bonjour Gabrielle ».

Il fut découvert cette nuit-là. Il s’enfuit laissant Gabrielle aux mains avides des savants. 

Le champagne de sa réussite coulait à flot. Ses compagnons célébraient la libération d’une prisonnière. Partout, on scandait son nom, le saluant, le félicitant à coup de grandes tapes amicales dans le dos.
Sorane ne se sentait pas le cœur en fête. Il craignait avoir commis une erreur. Ses compagnons chantaient et riaient à la victoire.
Mais lui, Sorane, avait vu quelques heures auparavant seulement, le visage de Gabrielle déformé par la terreur, ses yeux agrandis par la panique, ses mains crispées dans le vide par la peur. Il avait vu surtout son regard lorsqu’elle avait comprit qu’elle n’avait plus le choix, qu’il fallait qu’elle traverse ce mur. L’incertitude, l’appréhension, la peur panique au fur et à mesure qu’elle avançait. Ce dernier regard qu’elle avait lancé derrière elle. Sorane savait qu’à ce moment précis, elle avait cherché des yeux la porte de la chambre où dormait paisiblement Michael dans l’espoir sans doute fou qu’il se réveille et qu’il la retienne. Mais la porte était restée close, et Suraya s’était évanouie dans le regard de Gabrielle.
Elle avait violemment empoigné la main de Sorane d’un geste désespéré, cherchant à se rattacher à la dernière bribe d’un monde connu qui s’éloignait tandis qu’elle sombrait dans ses bras.

Ce n’était pas ce que Sorane avait imaginé. Il n’avait d’ailleurs jamais pensé à cet instant précis. Qu’allait-il se passer ? Il n’y avait jamais songé.

Sorane sentait son cœur prendre le poids de la culpabilité alors qu’il serrait contre lui, le corps frêle d’une jeune femme paniquée.

Non décidément, ce n’était pas ce que Sorane aurait pu espérer.

- Professeur Bleind, je vous ai posé une question.    

La voix glacée et impérieuse de Suraya résonna dans la pièce et fit sursauter le savant.

- Qui est Sorane ? Répéta t’elle.

D’une voix éteinte, le professeur répondit.

- Sorane est mon fils.

Par Suraya
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Mercredi 30 juillet 2008

Et il lui raconta, tout et en complète intégrité. Il lui raconta comment plus de vingt ans auparavant, l’IRAP après des années de recherches pour comprendre le passé avait mis au point le projet « Suraya ». Il lui raconta comment, à partir d’un simple livre retrouvé dans les décombres d’une civilisation oubliée, ils avaient apprit l’existence d’un écrivain du 21ème siècle. Et comment ils avaient ensuite sélectionné une petite fille orpheline pour lui donner une vie dont elle n’aurait jamais pu rêver.

- Comprends-nous Gabrielle, on ne peut avoir de présent ni de futur si on n’a pas de passé. Il était essentiel pour nous de comprendre comment notre civilisation en était arrivé là. Mais il nous fallait une base, un début, quelque chose sur quoi appuyer nos recherches. Et un jour, lors de fouilles archéologiques, nos chercheurs ont découvert un miracle.

Un livre, parfaitement conservé et totalement lisible. Une autobiographie d’un écrivain que nos registres n’ont jamais mentionné : Suraya. L’idée est partie à cet instant d’utiliser les moyens de l’IRAP afin de créer un lien entre nous et cette auteur : Toi.

La biographie était riche en descriptions, l’auteur y expliquait clairement son mode de vie, son caractère, et la vie de ses semblables. Toutes ces informations nous ont permis de mettre au point cette sphère au pouvoir hautement hypnotique et d’y entrer des données précises.
Le professeur Bleind marqua une pause. Il savait qu’à ce moment précis il entrait dans la partie la plus difficile, non pas à expliquer, mais à avouer. Car c’était bien un aveu qu’il s’apprêtait à faire. Avouer à Gabrielle qu’elle n’avait jamais eu sa propre vie, que les traits de caractères qui la définissent aujourd’hui sont le résultat de données introduites dans un ordinateur dans le but de modeler son existence. Jamais elle n’avait pensé par elle-même, jamais elle n’avait agit par elle-même, jamais elle n’avait contrôlé sa vie.
Le professeur Bleind observa Gabrielle droit dans les yeux : elle le savait déjà cet aveu terrible qui refusait de sortir de ses lèvres, mais il fallait malgré tout le lui dire.

Plusieurs fois, le professeur avait imaginé une scène similaire où il avouait la vérité. Lors de ces confrontations imaginaires, le professeur avait toujours réussis à trouver les mots justes, ces mêmes mots qui à ce moment précis, il essayait désespérément de se rappeler.

-  Nous t’avons choisi car tu étais orpheline et sans famille aucune. Tu n’étais qu’un bébé. Nous t’avons recueillis, pris soin de toi et nous t’avons finalement placé dans la sphère. Ses effets hallucinatoires ont recrées autours de toi un univers des temps passés : l’univers de Suraya. Tu as vécu sa vie comme si c’était la tienne. Rencontrant au même moment les mêmes personnages, vivant les mêmes bouleversements. Tu as évolué sous nos yeux dans un monde parallèle et tu nous as permis de comprendre beaucoup de choses sur le passé. Tu n’imagines même pas le progrès que tu as permis à notre époque de faire.

Le professeur marqua un instant de silence. Les mots ne voulaient pas venir, ils n’arrivaient pas à leurs faire franchir le seuil de ses lèvres. Comment lui expliquer ces quelques mots : « tu n’as pas de vie. »


Suraya ne disait mot, elle écoutait plongée dans un silence de profonde réflexion, meurtrie. Vide, le mot était bien choisit, elle était vide. Vide d’une existence qui ne lui avait jamais appartenue, vide d’une vie qu’elle avait rêvée, vide d’un esprit et d’un cœur qu’elle n’avait jamais commandé.

« Etrangère,
Je n’ai ni race, ni patrie
Etrangère,
Je n’ai ni monde, ni pays
Je suis née du flot de l’écume
Surgissant de l’imagination des humains
D’un esprit fou qui se consume
De la perfection du néant, de l’idéalisme du rien
Pauvre âme solitaire
Retenue en corps étranger
Bâillonnée, errante et prisonnière
D’une époque folle et révoltée. »

Elle n’était rien, rien d’autre qu’une enveloppe de chair à travers laquelle on faisait passer des informations.
Suraya s’approcha lentement de la sphère hallucinatoire, restant toutefois en retrait, éloignée de ce qui avait été, des années durant, sa prison dorée.
Une prison, se dit-elle, oui mais quel jolis rêves elle m’a donné. Une vie, une famille, un amour.

Le professeur Bleind la regardait évoluer dans la pièce en silence, trop heureux qu’elle ait comprit par elle-même cette douloureuse explication qu’il ne parvenait pas à donner.

- Quand j’étais petite fille, dit soudain Suraya en brisant le silence de monastère, je jouais souvent à un jeu dans la cour de récrée : Jacadi. Jacadi ordonnait telle ou telle chose que les enfants s’empressaient d’exécuter. Aujourd’hui, je me rends compte que cela a toujours été le cas. A la seule différence près, Jacadi n’est pas un homme, c’est une machine. Je ne suis plus dans la cour de récrée mais les règles sont demeurées les mêmes et quand bien même sonnait la cloche, moi je n’ai jamais cessé de jouer.

- Je comprends ton désarroi Gabrielle, ou plutôt je ne peux que l’imaginer. Cependant, sache tout de même que ce que tu as vécu était bien réel pour toi. Nous n’avions pas prévu cette partie là, nous n’avions pas prévu …de te réveiller.

Suraya tourna vivement la tête en direction du savant. Il avait rougi en prononçant cette dernière phrase. Elle aurait dû restée sous hypnose, il était convenu qu’elle passe sa vie entière dans cette sphère sans se douter que dans le vrai monde, à l’extérieur de sa bulle, elle était observée, analysée, sa vie et tous ses faits et gestes, ses moindres paroles avaient été scruté dans les moindres détails.

Suraya eut presque honte de se l’avouer mais d’une certaine manière elle aurait préféré. Oh oui, elle aurait préféré continuer sa vie en ignorante que de se sentir vide comme elle se sentait en ce moment même.
Vivre dans l’ignorance mais vivre quand même et se sentir vivre, ne valait-il pas mieux qu’une abjecte vérité ? Mille fois elle aurait préféré.

- Dans ce cas, répondit-elle, pourquoi m’avoir réveillé ?

- Ce n’est pas nous qui t’avons réveillé Gabrielle.

Sorane !

Le cœur de Suraya fit un bond. Tant de choses à voir et à comprendre depuis qu’elle s’était réveillée qu’elle avait fini par l’oublier. Suraya se souvint de cette voix suppliante qui lui avait tenue compagnie durant des années. Elle n’avait entrevu son visage qu’un quart de seconde, mais sa voix, elle, lui était restée gravée dans la mémoire.

Elle regarda le professeur Bleind comme pour tenter de percer le mystère d’une question à laquelle elle s’attendait à un mensonge pour toute réponse.

- Qui est Sorane ?

 

Par Suraya
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Samedi 16 juin 2007

Chapitre 2

A son réveil, Suraya constata qu’elle était allongée dans un lit. La tête lourde, elle gardait les yeux fermés dans l’espoir de calmer les battements furieux de son cœur.

- « Ce n’était qu’un rêve, se dit-elle, un simple rêve ».

Elle n’arrivait cependant pas à s’en convaincre. Tout cela avait été trop fort, trop réel pour n’être que le fruit de son imagination. Tachant de rassembler ses esprits, Suraya se força à ouvrir les yeux. Sa première vision fut celle d’un plafond blanc auréolé de lumière. « Suis-je au Paradis, ou dans un hôpital ? », se demanda t’elle. Elle se releva doucement, et entreprit d’inspecter les lieux du regard. Elle devait être dans un hôpital, la chambre était d’une blancheur immaculée et n’avait pour tout mobilier qu’une petite table de chevet et une armoire dont les portes étaient des miroirs. Suraya s’assit dans le lit et tâcha de rassembler ses esprits, elle se souvenait de la voix, du mur qu’elle avait traversé et de Sorane.

« C’est impossible, se dit-elle, je dors encore. » 

A la fois curieuse mais paniquée, Suraya se releva de son lit et se dirigea vers l’armoire.

A l’instant même où ses yeux aperçurent l’image qui se reflétait dans le tain du miroir, un hurlement involontaire sorti de ses lèvres. Suraya fit vivement un bond en arrière et détourna la tête. Tentant de calmer sa respiration, elle se força à inspirer profondément plusieurs fois de suite.

- « Du calme, se dit-elle, ce n’est pas possible, tu n’as pas pût voir ce que tu as cru voir. Ce n’est pas possible, tu as halluciné, simplement halluciné. »

Rassemblant tout son courage et gonflant ses poumons à bloc pour se donner une contenance, Suraya se décida à se retourner vers le miroir une nouvelle fois. Lentement, elle tourna la tête, ferma involontairement les yeux pour les rouvrir une fois placée devant le miroir.

Non, elle n’avait pas rêvé et cette vision la glaça d’effroi. Dans le tain du miroir, la jeune fille tendait elle aussi la main en direction de Suraya pour s’arrêter au contact de la paroi lisse et froide. Ses yeux exprimaient la même interrogation et sa bouche ouverte ne laissait passer aucun son. Les gestes étaient les mêmes, les mimiques étaient les mêmes, mais cette jeune fille dans le miroir, ce n’était pas Suraya. De taille moyenne, blonde et très mince, elle avait les cheveux très longs et les yeux verts. Son teint pâle indiquait qu’elle n’avait sans doute jamais vu le soleil et pourtant sa peau impeccable laissait entendre qu’on avait prit grand soin de ce corps. Suraya resta un long moment plantée devant le miroir à jouer des mains, des jambes, à s’étonner à chaque fois que cette étrange image suivait ses gestes dans la moindre précision. Elle s’attarda à toucher ce visage, palper ce corps, prenait les cheveux entre ses mains pour les voir des ses propres yeux et non à travers une image. Oui, blonds, ils étaient blonds, Suraya elle, était brune et ses cheveux étaient courts.

 « Etrangère,

Quel est donc ce mirage ?

Que me renvoie ce mur de verre

Ce corps féminin et ce souriant visage

… »

- « Gabrielle ! »

Ce nom lui était sorti des lèvres presque involontairement.

Oui, Suraya en était sûre, elle ne savait pas comment, ni pourquoi, mais elle en était sûre. Ce visage, ce corps, c’était Gabrielle ; et Gabrielle à cet instant même, c’était Suraya.

Malgré la singulière étrangeté de la situation, Suraya ne paniquait pas. Elle était dans une sorte de fascination à voir bouger ce corps dont, comme s’il eut s’agit d’une marionnette, elle contrôlait parfaitement chaque mouvement. Quelle drôle de situation, Suraya essayait de rassembler ses idées pour comprendre. Elle retourna  s’asseoir sur le lit et se prit la tête entre les mains. Les idées les plus folles lui virent à l’esprit tandis qu’elle cherchait désespérément une lumière parmi les ténèbres où elle avait atterrit.

« Voyons, depuis des années j’entends une voix qui m’appelle Gabrielle. Ce qui laisserait à penser que JE suis Gabrielle. Mais je ne peux pas être deux personnes en même temps. »

Une fois la fascination de ce nouveau corps passée, Suraya sentait la panique s’insinuer en elle à nouveau.

Où était-elle ? Qui était-elle ? Pourquoi ? Comment ? Elle n’en n’avait pas la moindre idée. Elle savait juste que quelques heures seulement auparavant, elle se trouvait chez elle, elle : Suraya, tachant de communiquer avec une voix qui lui parlait depuis des années. Elle savait juste que sa main avait traversé le mur et qu’elle avait sauté dans le vide alors que Michael dormait tranquillement dans la pièce à côté.

Michael !

Il allait finir par se réveiller et il ne la trouverait pas. Il allait sûrement se mettre à sa recherche, prévenir sa mère, peut-être même appeler la police. Suraya sentit son cœur se compresser dans sa poitrine. Tout le monde allait la chercher, il fallait qu’elle rentre chez elle, qu’elle aille rassurer les siens et surtout qu’elle oublie cette aventure.

« Je dois rentrer chez moi, je dois rentrer chez moi ! ». Obsédée par cette idée, elle n’arrivait plus à penser à rien d’autre. « Je dois trouver Sorane ». Sorane, où était-il ? Elle ne souvenait même pas de son visage, elle s’était évanouie avant même d’avoir pût distinguer ses traits, comment faire pour le retrouver ?

«  Du calme ! », elle se forçait à se calmer, à respirer tranquillement. « Je n’arriverais à rien si je stresse ».

Premièrement, sortir de cette chambre, aller voir où elle se trouvait. Elle se leva et se dirigea vers la porte. D’un geste décidé, elle s’empara de la poignée et l’abaissa brusquement. La porte ne voulut rien entendre et resta hermétiquement fermée.

« Piégée ! », « Prisonnière ! » furent les premiers mots qui lui virent à l’esprit. Elle s’acharna sur cette poignée, l’abaissa de toutes ses forces, tirant sur la porte pour la faire céder, en vain.

De rage, elle serra les poings et frappa avec toute sa colère contre le métal.

« J’y ai pressé mon corps en priant le ciel

Frappé de mes poings à m’en meurtrir les doigts

Apeurée, paniquée, châtiment éternel

J’ai frappé, frappé, Ô s’il vous plait : ouvrez-moi !

Rien n’y a fait, inflexible sentence

Les coups, les appels sont restés sans réponse

Cette porte est grande, cette porte est immense

De l’autre côté les roses, de mon côté les ronces… »  

Dans cette chambre aux murs immaculés, la porte de fer imprenable semblait prendre un malin plaisir à la narguer.

Vaincue, Suraya se laissa tomber à même le sol, le dos collé contre un mur et de désespoir, de rage, elle se mit à pleurer. Toute la colère retomba, elle se sentait frêle et découragée. 

Oppressée par un étau de fer qui lui compressait le cœur et les poumons, inquiète de savoir dans quoi elle s’était embarquée, Suraya s’était résignée à attendre que la porte finisse par s’ouvrir d’elle-même. Les yeux rivés sur la poignée, elle n’eut pas à attendre longtemps.

Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrit à la volée pour laisser apparaître à son seuil un homme de grande taille, assez âgé, avec des lunettes et une barbe lui donnant l’air d’un savant bienveillant. Aussitôt qu’il posa le regard sur elle, son expression s’illumina.

- Bonjour Gabrielle. Te voila réveillée.

Un léger tremblement de ses mains trahissait sa nervosité et de ses yeux, il l’a dévisageait et calculait chacun de ses gestes. Face à lui et malgré ses airs bienveillants, Suraya se sentait comme un animal de laboratoire, étudiée.

- Qui êtes-vous ? Où suis-je ? Où est Sorane ?

Les questions avaient fusées de ses lèvres comme animées par une volonté propre.

- Chaque chose en son temps, lui répondit le savant en levant la main, signe qu’elle devait prendre son mal en patience

- Vous pourriez au moins m’expliquer ceci !

Suraya avait, en parlant, désigné son propre corps par un geste des bras.

Le savant soupira. De toute évidence, il ne pourrait se soustraire à une explication dans les règles de l’art.

- Suis-moi Gabrielle, l’invita t’il en sortant de la chambre.

- Je m’appelle Suraya, répliqua t’elle en lui emboîtant le pas.

A peine le seuil de la porte franchi, Suraya fut frappée par la différence de décors. Le bâtiment dans lequel ils se trouvaient était entièrement construit en verre dont la couleur variait en fonction des personnes qui passaient. Des plantes gigantesques grimpaient jusqu’au dernière étage et le toit et le rez-de-chaussée du bâtiment ressemblaient à des serres exotiques. Se penchant par-dessus une balustrade, Suraya observa que sa chambre était située au troisième étage. Tout cet univers était étrange, futuriste même. Suraya n’avait pas assez de ses deux yeux pour tout voir, tout enregistrer. Elle voyait même des objets qu’elle n’aurait jamais sut nommer. Compréhensif, le savant ralenti le pas pour lui laisser le temps de tout admirer. Perdue dans sa contemplation, Suraya ne se rendit pas compte qu’autour d’elle, et malgré une volonté de discrétion, les passants s’arrêtait pour la dévisager, fascinés comme le savant. Tous la regardaient évoluer et étudiaient son comportement, ses réactions face un monde, ils le savaient, inconnu pour elle.

Le savant entraîna Suraya dans les couloirs pour la conduire dans une autre pièce, toute de verre cette fois, meublée de ce que Suraya aurait qualifié de canapé en similé cuir si ceux-ci n’avaient eut la particularité de ne pas toucher le sol. Le contact avec la peau lorsqu’elle s’y assit lui paru doux et chaud contrairement au cuir. Sur le centre de la pièce une petite table, lévitant elle aussi, était pourvue d’une fontaine automatique de boisson.

Le savant s’y dirigea, et s’adressant directement à la fontaine ordonna : « café ! ». La fontaine se mit au travail faisant couler le long de son tuyau doré la boisson chaude demandée qui arrivait comme par magie dans une tasse sortie des entrailles de la table.

Le savant s’empara de sa tasse, désigna la fontaine à Suraya : « Voulez-vous quelque chose ? ». Non Suraya n’avait vraiment pas soif, mais on ne laisse passer une opportunité de s’adresser à une table magique, aussi s’approcha t’elle du curieux objet et balbutia : « un verre d’eau, s’il vous plait. ». La danse magique recommença sous les yeux émerveillés de Suraya qui tournait autour du meuble pour tacher d’en comprendre le fonctionnement, en vain.

« Merci ! » s’écria t’elle en prenant son verre, puis croisant l’expression amusée du savant, se sentit soudain ridicule de remercier une table.

Elle posa son verre sur son accoudoir, et se rassit face au savant, attentive, attendant les explications. Le savant soupira à nouveau, leva les yeux au plafond et comme pour se donner du courage, vida sa tasse d’un trait.

- Gabrielle, commença t’il.

- Je m’appelle Suraya ! le coupa t’elle.

Il acquiesça d’un mouvement de tête, une manière de dire : « nous verrons cela plus tard ».

- Je suis le professeur Bleind, je dirige l’Institut de Recherches Avancées sur le Passé,

l’ I.R.A.P..

Le professeur marqua une pause, inspira profondément et regarda Suraya droit dans les yeux.

- Nous sommes le 15 mai … 2616.

Suraya vacilla. De deux choses l’une, soit elle était victime d’un canular énorme, soit ce type assit en face d’elle avec sa blouse et ses lunettes disait la vérité et dans ce cas…. ?

- 2616 ??? C’est impossible, répliqua t’elle sceptique.

- C’est pourtant la vérité. Tu veux des preuves, lèves-toi et regardes par la fenêtre.

Suraya s’était levée, elle avait regardé. Ses yeux, eux, ne lui mentaient pas.

Lorsqu’elle revint s’assoire, elle avait la pupille dilatée et les yeux rouges, mais elle était convaincue et toute la détresse du monde se lisait dans son visage.

600 ans, elle avait fait un bond de 600 ans en avant, comment était-ce possible ? Pourquoi elle ? Pourquoi le destin lui jouait ce cruel jeu à elle ?

 

« Ô Vie, par quels méandres inconnus

Chemins tortueux et sentiers de perditions

Mènes-tu mon âme qui en tes mains détenues

Ne peux se soustraire à ton implacable soumission

Je vois par mes yeux impuissants

Mes idéaux rejetés d’un revers de la main

Et c’est en aveugle que je découvre, tâtonnant,

Horrifiée, que tu as déjà tracé tout mon destin

Je ne cesse de m’écorcher le corps

A ramper dans les sillons du chemin tracé pour moi

Mes mains sont en sang, admets que tu as tort

Cette vie ne me ressemble pas

Je porte sur le dos le poids de ton échec

Car c’est moi et moi seule qui le dois subir

Ce fardeau pesant jusqu’au jour de mes obsèques

Au bonheur non, mais à la mort …. Tu sauras m’y conduire. »

 

Hier encore, elle était chez elle, avec Michael, à regarder la télévision avant d’aller se coucher, assise sur un canapé dont les pieds touchaient le sol et avec une table à laquelle elle n’avait jamais parlé. Comment était-ce possible … ?

Le professeur Bleind n’était pas du genre à se laisser attendrir et le désarroi de Suraya le laissa complètement froid. Cependant, il lui accorda quelques minutes afin de remettre de l’ordre dans ses idées, puis il se leva et se dirigea vers une petite porte située dans le fond de la pièce.

- Suis-moi.

La salle qui se trouvait derrière était impressionnante tellement elle était immense. Les murs recouverts de tableaux de contrôle et des boutons de toutes couleurs avaient des allures fantastiques. Les écrans de contrôles et d’ordinateurs étaient directement incrustés sur les parois pour en recouvrir une bonne partie. Une farandole de boutons lumineux, de voyants de diverses couleurs s’étalait sur le peu de place qui restait disponible donnant ainsi un spectacle merveilleux au regard. Mais le plus impressionnant dans cette pièce restait une énorme sphère placée en suspension dans le centre de la pièce. Enorme était vraiment le mot, lecteur inconnu, pour te donner une idée, une chaîne de dix personnes se donnant la main aurait pu en faire le tour. Non loin de cette sphère, et également en suspension se trouvait un autre écran, gigantesque celui-ci aussi. Visiblement impressionnée, Suraya pénétra lentement dans la pièce regardant partout autour d’elle. Le professeur avait fait venir, Dieu seul sait d’où, deux sièges qui étaient venu se placer devant eux. Suraya prit place.

Sans aucun ménagement, ni sans aucune introduction préalable, le professeur Bleind commença directement son récit.

- Nous sommes dans la salle de recherche et d’observation la plus importante de tout le centre. Ici, nous « voyions » le passé.

Il marqua un temps d’arrêt pour lui laisser le temps de bien imprégner cette dernière phrase.

- Il faut que tu saches qu’il y a deux cent en arrière, à force de guerre, de pollution et d’appât du gain, les hommes s’aperçurent un jour qu’il avait détruit eux même les derniers vestiges du passé. L’Histoire n’était plus qu’une jolie fable déformée par des récits aventureux transmis de génération en génération. Des années et des années de travail furent nécessaires aux scientifiques pour mettre au point ceci.

D’un geste fier et orgueilleux, le professeur désigna la sphère.

- Il s’agit d’une sphère hallucinatoire hyper sophistiquée qui permet de décoder les faits et gestes de la personne qui se trouve à l’intérieur.

Suraya eut un geste de recul voyant l’expression du professeur les yeux posés sur elle. Elle commençait, bien malgré elle, à comprendre qu’elle était sa place dans cette histoire.

- Et donc moi, dit-elle, j’étais là dedans ?

Le professeur acquiesça d’un mouvement de tête. Suraya avait du mal à y croire. Elle avait été enfermée dans une bulle de savon durant plus de vingt ans. A agir, à faire comme si elle évoluait dans le monde réel sous le regard perçant de plusieurs savants.

Elle sentit une fois encore que le monde entier se dérobait sous ses pieds et qu’elle glissait un peu plus dans les abîmes de l’enfer.

 

« Ténèbres ma vieille amie

C’est à nouveau moi

Qui te parle cette nuit

Je suis de retour comme tu le vois

Je veux te parler

T’ouvrir mon cœur comme autrefois

Te rappelles-tu ces temps passés

Où on ne faisait qu’un toi et moi ?

Je reviens après si longtemps

J’ai tellement voyagé

Mais même au-delà de mes rêves d’enfant

Tu as toujours été à mes côtés

Ouvres-moi ta porte, j’ai froid

Seule ta chaleur glaciale peut me réchauffer

Couvres-moi le corps d’un linceul de soie

Et retiens mon esprit pour l’empêcher de rêver

Cent fois j’ai voulu te fuir

Cent fois j’ai voulu t’échapper

Tu m’as laissé faire avec un sourire

Sachant combien il te serait facile de me récupérer

Je ne me suis jamais vraiment enfuie

Je partais mais ne partais pas

Et un jour finalement j’ai compris

Tu fais partie intégrante de moi

Alors je reviens comme tu vois

Pour te faire partager ma vie

Et oui c’est à nouveau moi

Ténèbres ma vieille amie. »

 

- C’est un cauchemar, tentait-elle de se persuader. Je vais me réveiller, je dois me réveiller ! 

Pour la première fois, une lueur de pitié s’éclaira dans les yeux du professeur. Lui qui n’avait, pour le moment, regardé Suraya que comme son œuvre, sa création, semblait à cet instant précis prendre conscience qu’elle était faite de chair et d’os et qu’elle était vivante.

- Assieds-toi Gabrielle, lui dit-il en la prenant doucement par le bras. Je vais te raconter ton histoire …

     

          

 

 

 

Par Suraya - Publié dans : suraya
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Lundi 19 février 2007
Les rêves sont une malédiction, maudits car inconcevables, impossible à créer. Je les imagines tel un musicien dont chaque note détruit la conscience et à néant, réduit la lucidité.
Je le vois dépourvu de visage, jouant au clair de Lune, sur un violon dépravé. J'imagine sa lointaine silouhette, tirant des sons d'un instruments mal accordé. Mais si belle est l'image, belle à en pleurer. Le son n'est jamais le même qu'on ne peut le fredonner. Il change avec le temps, disparaît avec l'âge. Tué car réalisé à moitié ! Un rêve est un mirage, maudit car inconcevable, impossible à créer. Les rêves sont une malédiction...  Oui mais si moi, j'ai envie de rêver ???


Et si je rêvais de devenir écrivain dans un monde où sans argent c'est quasiment impossible ?  C'est vous qui allez m'aider.
Un chapître par mois et je vous emmène dans un monde féerique, impossible.
Je veux vos idées, je veux vos critiques, vos commentaires.
Crois-tu, lecteur inconnu, qu'un rêve puisse se réaliser ? Et si oui, m'aideras-tu ?



Chapitre 1


 

« Gabrielle! Gabrielle! Réveille-toi ! »

Suraya se réveilla en sursaut. Une fois de plus depuis plusieurs nuits déjà, cette voix hantait son sommeil. Ce n’était pas une voix ordinaire, masculine pensait-elle, mais un murmure.

Elle venait toujours au même moment, à cet instant précis où le corps engourdi commence son envol vers le sommeil. Cet instant si particulier de la nuit où l’on est conscient sans vraiment l’être entièrement. Ce moment où entre rêve et réalité, on est totalement déconnecté mais conscient que l’on commence à s’endormir.

« C’est le moment où l’esprit est le plus en éveil, on est totalement réceptif. » lui avait dit sa mère. Mais réceptif à quoi ? Suraya ne savait pas.

La voix, bien que indéfinie, était claire et audible. Le murmure était proche de son corps comme si quelqu’un se penchait à son oreille pour lui donner un ordre. Les lèvres étaient si proche que plusieurs fois Suraya avait allumé en toute hâte la lumière de son chevet jurant Terre et Ciel y voir un homme debout dans la pièce. Mais elle n’avait jamais rien vu. C’est presque, se disait-elle, comme si je sentais son souffle sur ma nuque alors que ses lèvres murmurent cette injonction que je ne saisie pas.

Qui était cette voix ? Suraya comprenait bien qu’en prononçant ce nom il se référait à elle, mais pourquoi l’appelait-il Gabrielle ? Sa mère avait une théorie à ce sujet.

Partisane de la réincarnation, sa mère pensait que Gabrielle n’était autre que Suraya elle-même telle qu’elle devait se nommer dans une vie antérieure et que cette voix venait d’un esprit que Suraya connaissait « avant ».

« Il attend peut-être de toi une chose que dans ton passé tu n’as pas accompli et dont il a besoin pour aller de l’avant. »

Suraya ne savait quoi penser. Elle avait finie par s’habituer à ces visites répétées mais malgré ses efforts, elle n’avait jamais réussie à prolonger cet instant.

Lorsqu’elle entendait cette voix, elle sursautait et sortait automatiquement de cet état de torpeur qui semblait être la seule manière, pour la voix, de communiquer. Elle s’en maudissait à chaque fois. « Je voudrais lui parler, qu’il m’explique qui il est, et pourquoi me parle t’il ». Mais en vain, garder cet état de torpeur n’était vraiment pas chose aisée.

Résignée, Suraya, elle attendait « son soupirant » comme elle avait coutume de le nommer nuit après nuit. Nerveuse, elle dormait mal et d’un sommeil non apaisé, pressée d’entendre à nouveau cette voix familière, désireuse de connaître la suite de ce message inachevé.

Mais « le soupirant » n’était pas ponctuel. Il venait de temps à autre sans aucune logique dans le temps et il arrivait souvent à Suraya de passer des nuits blanches, assise sur son lit, plongée dans l’obscurité totale à attendre la suite d’un message qui lui était destiné. En restant éveillée, se disait-elle, je le verrais arriver. Un corps, une forme, un reflet mais quelque chose. S’il est fantôme, je devrais pouvoir le voir. En vain, le sommeil l’emportait toujours, et même si la voix se faisait entendre, le corps, lui, restait invisible à ses yeux.

 D’aucuns auraient pu la croire folle. D’une imagination trop fertile ou victime d’un mode de vie trop actif, de ceux propice à créer ce genre d’hallucination. Pourtant il n’en n’était rien. La vie de Suraya était monotone, commune, banale même. Le genre d’existence qui tombe rapidement dans le cliché « métro, boulot, dodo ». Suraya le savait et haïssait cela. Secrétaire dans une petite entreprise, elle avait passé des mois avant de trouver un boulot.

Le rêve n’était pas présent sur son lieu de travail, mais il faut bien vivre se disait-elle, et malgré tout, elle en vivait.

Imaginative, oui, Suraya était imaginative. Ecrivain de cœur, mais hélas, pas de métier, elle savait manier l’art de soutirer à la plume sa verve la plus belle. Une feuille blanche était pour elle le paradis non inventé qu’elle s’appliquait à décrire et construire à sa manière.

 

« J’ai passé ma vie entière

A créer au travers de feuilles vierges

Des mondes magiques et envoûtants

Et j’ai marché sur ces terres

Dessiné montagnes, lacs et déserts

Pour les rendre plus vivant

Je suis allée aux confins de ma mémoire

Chercher l’amour, la haine, le désespoir

Pour les coucher sur papier

Comme une craie blanche sur un tableau noir

J’ai refais le monde, réécris l’Histoire

A ma fantaisie et à mon gré

J’ai imaginé toute ma vie durant

Des mondes insolents de liberté

Mais j’ai toujours échoué en cherchant

Un moyen d’y accéder. »

 

Oui, Suraya ne rêvait que de ces mondes parfaits selon son idéal que dans son esprit elle avait inventé.  Mais, retournez la page, posez la plume, que restait-il ? Des mots, des rêves merveilleux qui ne sortiront jamais de l’encre prisonnière.

Comprends-tu cela, lecteur inconnu ? N’as-tu jamais toi aussi, rêvé d’une autre vie ? Oui, je suppose et tout comme Suraya, tu t’es heurté à tes rêves.

Suraya était semblable à ces mots auxquels elle donnait vie, tout comme eux sont prisonniers de l’encre, essence même de leur vie, Suraya était prisonnière de ses rêves, essence même de sa vie.

Ainsi allait la vie de Suraya : levée en retard pour profiter de cinq minutes de sommeil supplémentaires, embouteillage pour aller travailler, sept heures de travail à rêvasser de temps à autre devant la fenêtre, coupure oxygène pour aller manger, retour au travail et rentrée chez soi à s’asseoir et décompresser. C’était là son moment privilégié. Lorsqu’elle rentrait chez elle le soir, elle s’asseyait sur son canapé, une cigarette à la main, un verre d’alcool de l’autre. Seule et dans le calme, elle appréciait cet instant passé avec elle-même. Mais la vie reprenait très vite, trop vite même et bientôt arriverait l’heure de dormir pour se lever de nouveau de lendemain.

La nuit, couchée dans son lit, Suraya aimait laisser son esprit vagabonder, rêver, rêver des heures durant, laisser son esprit divaguer.

Toi aussi, lecteur inconnu, tu dois comprendre de quoi je parle. Rêver sans limites, commencer une nouvelle histoire ou continuer celle que la veille le sommeil avait laissé en suspens. On peut tout être dans nos rêves, tout vivre, tout faire et surtout tout oser. On est soi même ou plutôt, tel qu’on a jamais osé être. Quelle magie parfaite, n’est-ce pas ? D’un coup de baguette magique, nous voilà transformés.

Suraya le savait, elle connaissait elle aussi ce pouvoir immense que l’imagination seule peut procurer. Nuit après nuit, elle devenait successivement reine glorieuse et fine stratège, chevalier sans peur brandissant son étendard au nom de Dieux antiques.

 Elle jalousait ce pouvoir enfantin de se mettre en scène au nom de son imagination – comme quand étant petite fille, elle jouait à la sorcière, confectionnant nombres de breuvages empoisonnés à grand renfort d’eau, d’herbe et de terre, pour vaincre son compagnon de jeu.-

« Je voudrais revoir le monde à travers les yeux d’un enfant », écrivait-elle, comme une supplication aux Dieux.

 

« Je voudrais voir le monde

A travers les yeux d’un enfant

Voir s’il est aussi beau ce monde

Aussi beau qu’on le prétend

Je veux revoir la magie de l’enfance

Et la beauté des contes de fées

Découvrir un monde superbe d’innocence

Loin des horreurs de la maturité

Je veux devenir princesse

En haut d’une tour ensorcelée

Et découvrir la hardiesse

De mon preux chevalier

Combattre sorcières

Au nom de mon roi

Et gagner victoires imaginaires

Après de loyaux combats … »  

 

Le rêve avait toujours bercé son enfance et Suraya ne s’était jamais départi de cette douce folie que lui procurait le pouvoir de son imagination.

Pour elle, l’instant le plus poignant était celui où de rêve, on commence à entrevoir la possibilité de faire de ce doux songe un instant réel. L’excitation qu’il émane à transformer un rêve en réalité, les difficultés que petit à petit on surmonte, le cœur serré dès que le but espéré approche ; cette joie à elle seule, vaut plus que le succès une fois le rêve parvenu.

 Rêveuse mais déterminée, Suraya, fidèle à son signe zodiacal du bélier, n’hésitait pas à tout faire pour réaliser ses rêves. Bien souvent, elle fonçait si vite qu’elle en oubliait de relever la tête pour voir où elle allait et bien souvent aussi, elle s’était blessée à foncer droit contre un mur qu’il lui aurait été plus simple de contourner. Invincible, oui Suraya rêvait même les yeux ouverts. Elle se croyait invincible, indestructible, tant et tant que jamais rien ni personne ne pourrait s’opposer à elle. Mais à rêver les yeux ouverts, il arrive bien souvent que l’on ne puisse voir ce qui se trouve juste devant soi. Et bien souvent, des occasions lui avaient filés entre les mains tout simplement parce qu’elle n’avait pas su tendre la main au bon moment.

 Ainsi donc allait la vie de Suraya partagée entre rêve et réalité. Elle rêvait n’importe où, n’importe quand ; dans cette voiture qui la menait sur le chemin maudit du travail, assise à son bureau lorsque deux minutes de liberté s’offraient à elle et couchée dans la pénombre de son lit. C’était là qu’elle avait vécut ses aventures les plus extraordinaires, jusqu’à celle-ci … la plus extraordinaire de toutes.

 La première fois, c’était quand ? Repense, fouilles ta mémoire et souviens-toi.

« Oui, je me souviens, j’étais enfant. Couchée dans mon lit, je sentais la délicieuse langueur du sommeil me gagner et je me laissais emporter sans résistance.

 C’est alors que je l’ai entendu. « Gabrielle ! », drôle de voix, elle appelait comme un ordre, comme une injonction. Je l’ai entendu si près de mon oreille que je me suis réveillée en sursaut scrutant désespérément la pénombre de ma chambre à la recherche de son auteur. Mais… personne, il n’y avait personne. Alors persuadée d’avoir rêvé, je suis retournée dans les bras de Morphée.

Après ce jour, il me semble l’avoir entendu à nouveau, mais tout cela est très flou et je ne saurais dire si mes souvenirs sont exacts ou si mon imagination me joue des tours. »

 -Après cela, il t’a fallu des années pour entendre à nouveau cette voix. Mais quel bonheur lorsqu’il est revenu, ce murmure de ton enfance. Après toutes ces années, il était à ton cœur, comme un ami fidèle dont le souvenir ne t’avait jamais quitté.

Oui Gabrielle, durant toutes ces années, tu t’es demandé sans répit où avais-je bien pu passer. Tu m’attendais, tu me réclamais comme une preuve tangible de ta non folie. Non Gabrielle, tu n’es pas folle, tu m’as réellement entendu et je me suis penché à ton oreille pour que tu puisses entendre ma voix. Je ne suis pas celui que tu crois. Tu peux me voir puisque tu peux m’entendre. Réveilles-toi, Gabrielle !, REVEILLES-TOI !!!!

En sursaut, une fois de plus Suraya se réveilla. Se prenant la tête à deux mains, elle sortie du lit sans un bruit. Michael dormait, il ne fallait le réveiller. A lui, Suraya n’avait rien dit. Michael était trop cartésien, trop terre à terre, il n’aurait pas comprit, il se serait moqué d’elle.

Michael n’était pas méchant. Suraya savait qu’il l’aimait, il ferait tout pour elle, mais comment expliquer une chose qu’elle ne comprenait pas elle-même. A Michael, il fallait des preuves, il était comme Saint Thomas, ne croyant que ce que ces yeux pouvaient lui prouver. Pourtant, il ne faut pas toujours se fier à son regard, Suraya le savait bien. Elle avait tenté par des chemins détournés de l’expliquer à Michael. Mais en vain, son compagnon fuyait ses conversations trop fantasques à son goût.   

Un jour, se disait Suraya, un jour peut-être, il entendra lui aussi une voix, peut-être la même, peut-être pas. Un jour, il comprendra que tout sur cette Terre ne peut pas s’expliquer. Les hommes comme Michael s’imaginent que toute chose a une explication logique et scientifique, mais la vérité est que le monde n’est pas ainsi. Il existe certaines choses que l’on n’explique pas et… n’est-ce pas mieux ainsi ? Cela s’appelle « La part du Rêve ». L’Etre Humain possède en lui une part de ce phénomène inexplicable. Certaines fois on se lève heureux ou triste sans comprendre pourquoi. Certaines fois une larme ou un rire nous échappe sans raison. Et l’Amour, sentiment suprême entre tous, que tout Homme recherche au moins une fois dans sa vie, comment expliquer cela ? Oui, mais ce n’était pas pareille, c’est humain, dira t’on. Ce n’est pas comme « les fantômes », « les petits hommes verts », etc… N’oublies pas Michael, lui disait-elle quelque fois, que toute légende a sa part de vérité. Il haussait les épaules et lui souriait, tournait ses dires en dérisoires… non décidément, il n’était pas possible de converser de ces choses là avec Michael. Suraya ne lui en voulait pas. Comment croire si on n’a pas soi même vécut celà?

 La vie suivait son cours et la voix revenait habituelle, inchangée ; toujours la même phrase, toujours cet ordre impassible, cette voix qui n’admettait aucune excuse. Jusqu’à ce jour, ce fameux jour où Suraya décida de ne pas dormir, de se tenir en éveil, d’ouvrir son esprit au maximum. Elle en avait assez, cette voix hurlait dans son cerveau même lorsqu’elle ne l’entendait pas. Tel un message subliminal. Suraya avait atteint un point de non retour, elle devait comprendre, savoir, voir.

« Je deviens folle, se disait-elle, mais je dois savoir ».

Ce soir là, comme à l’accoutumer, Suraya et Michael étaient allés se coucher. Au premier signe d’endormissement de son fiancé, Suraya se releva de son lit. Discrète, habile, elle se glissa hors de la chambre prenant soin de refermer la porte derrière elle sans faire de bruit.

Elle traversa le couloir et alla s’asseoir sur le canapé du salon. Seule, dans le noir et sans bruit, il y avait dans l’atmosphère quelque chose de pesant, le calme inhabituel oppressait son cœur qui se serrait dans sa poitrine sans qu’elle sache pourquoi.

«Et si ce soir, il ne vient pas ? pensait-elle, Et si je ne l’entends pas ? Il doit venir, et je dois l’entendre, c’est ce soir que je veux comprendre ! »

Prenant une profonde inspiration, Suraya ferma les yeux, posa sa tête sur le canapé et se laissa aller. Elle était tendue, son corps entier était crispé. Elle s’efforça de se calmer en respirant à fond, gonflant ses poumons à blocs. Elle sentait le sommeil la fuir, incapable de récréer les conditions artificielles d’un sommeil libérateur. Ses mains tremblaient. Suraya ouvrit les yeux et regarda l’horloge. Dix minutes s’étaient écoulées depuis son petit rituel, dix minutes seulement. Folle de rage contre elle-même, elle se releva, marcha en direction de la cuisine, puis toujours sans un bruit, sortie un verre du placard et versa dedans une rasade de whisky. « Voila qui devrait m’aider à me calmer ». Elle retourna s’asseoir, alluma une cigarette et bue une gorgée. N’ayant pas l’habitude de l’alcool sec, la première gorgée fut difficile à passer. « Ok, murmura t’elle se parlant à elle-même, reste calme. Tu dois faire le vide dans ton esprit, te concentrer sur la voix et ne penser à rien. Lorsque tu l’entendras, surtout reste calme, ne t’énerve pas. Tout va bien se passer ». Mais en réalité, Suraya était bien plus nerveuse qu’elle ne voulait se l’avouer. L’inconnu lui faisait peur, elle voulait savoir qui était cette voix, pourquoi l’appelait-elle, mais sans doute craignait-elle ce qu’elle allait découvrir ou voir.

Et peut-être, Lecteur Inconnu, que si Suraya avait su ce qui l’attendait à l’issu de cette expérience, ne l’aurait-elle jamais tenté. Personne ne le saura jamais.

 - « Gabrielle….. »

Suraya ouvrit les yeux en sursaut. Un rayon de soleil venait de frapper ses yeux. Il était six heures du matin. L’expérience avait échoué et elle s’était endormie. Il lui semblait malgré tout avoir entendu la voix, mais lointaine, vague, comme dans un rêve.

Furieuse de son échec qu’elle rumina toute la journée, Suraya avait malgré tout réussit à éviter les explications à Michael en se recouchant dans son lit juste avant que son compagnon ne se réveille.

Le soir même, bien décidé à ne pas rester sur un échec et plus déterminée que jamais, elle recommença l’opération se levant du lit dès que Michael s’endormi. Assise à nouveau dans le noir, elle ferma les yeux et respira profondément. Elle dû lutter plusieurs fois contre l’envie d’ouvrir les yeux ou de bouger, mais à force de volonté finie malgré tout par trouver un semblant de détente. Laissant son esprit gambader comme avant de s’endormir, elle se mit à appeler intérieurement sa voix.

- « Gabrielle… », la tentative était timide mais elle était présente. Il était venu, il était là.

« Calmes-toi », se disait Suraya à elle-même, sentant son cœur redoubler de coups dans sa poitrine et sa respiration accélérer. « Calmes-toi ! »

Inspirant à fond plusieurs fois, forçant ses yeux à rester clos. Suraya luttait pour maîtriser ses nerfs et la lutte n’était pas gagnée d’avance. Il lui fallut plusieurs minutes pour conserver son calme.

« Parles-moi », lui suppliait-elle, « parles, je t’entends ».

- « Gabrielle … ? Réponds-moi. »

- « Oui. Où es-tu ? »

Suraya pensait ses réponses priant le ciel pour qu’il puisse l’entendre.

- « Gabrielle, parles-moi…, parles ! »

Etonnée, Suraya ouvrit les yeux. Rien ni personne n’était là, pourtant elle sentait le souffle dans son cou. Elle avait pensé que « la voix » serait capable d’entendre ses pensées mais il n’en n’était rien.

- « Gabrielle ? … Parles je t’en prie »

La voix était suppliante.

- « Je t’entends » balbutia Suraya

Un rire de soulagement se fit entendre, de toute évidence, elle n’était pas la seule à être nerveuse.

-  « Gabrielle, quelle joie de te parler enfin »

Suraya se mit à rire nerveusement aussi, elle n’aurait jamais cru cela aussi facile.

- « Je m’appelle Sorane, écoutes-moi Gabrielle. Ta réalité est voilée. Cela fait longtemps que j’essaie de te prévenir. »

La voix se faisait pressante, inquiète comme si elle allait dévoiler un secret depuis longtemps retenue et qu’elle n’avait que peu de temps pour le faire.

- « Je t’écoute Sorane »

- « Gabrielle, ta réalité est voilée. Tu ne vis pas dans le présent, ton monde est imaginaire. Tu dois sortir de cet univers. »

La voix de Sorane était prudente malgré un apparent besoin de dire des choses et de les dire vite. Hésitant sur les mots, comme un ami chargé de dévoiler un lourd secret et qui ne saurait pas comment faire pour ne pas brusquer son interlocuteur.

- « Je ne comprends pas », répétait Suraya. « Qui es-tu et pourquoi m’appelles-tu Gabrielle ? »

- « Le temps presse. Tout ce que tu dois savoir te sera expliqué, mais je t’en prie, réveilles-toi ! »

- «  Comment ? »

- «  Rends-toi compte que tout est faux autour de toi. Lèves-toi, approches-toi d’un mur et passe ta main à travers … »

- « C’est impossible ! »

- « Gabrielle, ai confiance en moi. »

Hésitante, Suraya se releva et se dirigea vers le mur du salon. « Je suis ridicule », pensa t’elle. C’est pourtant une main tremblante qu’elle leva vers la surface de pierre. Elle ne savait pas quoi penser, certaine d’un côté que ces doigts allaient entrer en contact avec une surface dure, impossible à traverser, se demandant d’un autre côté comment réagirait-elle si la main passait à travers.

- « Tout cela est complètement fou, ça n’a pas de sens Sorane », lui dit-elle la main levée et tremblante.

- «  Comment expliques-tu que tu puisse me parler ? Tu m’entends depuis des années, est-ce que cela a un sens pour toi ? Gabrielle, je t’en prie, fais-moi confiance. »

Le cœur de Suraya battait à lui meurtrir la poitrine, son souffle n’était plus qu’une succession de respirations saccadées. Jamais, Ô non, jamais, elle n’avait eut aussi peur de toute sa vie.

- « Si ma main traverse ce mur, demanda t’elle, qu’y a-t-il de l’autre côté ? »

- «  Moi ! »

Prenant une profonde inspiration, Suraya avança sa main contre le mur et ferma les yeux attendant le point de choc où ses doigts se heurteraient à l’obstacle. Mais ce choc qu’elle attendait ne vint pas. Suraya ouvrit les yeux et la vision la glaça d’effroi. Perdue dans l’inconnue, son bras s’enfonçait dans le mur et sa main avait disparue de son champ de vision.

- « Seigneurs, murmura t’elle, comment est-ce possible ? » 

Comment décrire cette sensation ? Suraya ne voyait qu’un mot possible : le néant ! Une seule partie de son bras visible se montrait à ses yeux, sa main quant à elle se perdait dans un univers inconnu. Paniquée, elle ressortie sa main en hâte puis avec son autre main, elle tâta de ses doigts cette surface incompréhensible.

On aurait dit une sorte de miroir, comme une cascade d’eau, le mur se reflétait sur ses doigts. Pourtant aucune sensation ne passait à travers sa peau, c’était comme brasser de l’air. Le mur, pourtant imposant et visible ne semblait à cet instant précis n’être qu’une image. « Une illusion d’optique », se dit Suraya. Une illusion d’optique hyper réaliste, tellement réaliste qu’elle l’avait touché durant des années.

Son cœur ne cessait de battre la chamade à tout rompre ; sa respiration, bien que calmée n’avait pourtant pas repris son cours normal.

« Et maintenant ? » se répétait Suraya terrifiée, « et maintenant que dois-je faire ? ».

Elle retira sa main et regarda la pièce autour d’elle. A ce moment précis, curieusement le salon avait prit un air de décor théâtral, même la vieille pendule, dont le tic tac incessant avait pour habitude de rendre fou n’importe qui, semblait respecter cet instant de recueillement. Plus un son, plus un bruit.

« De ce côté, se dit-elle, se trouve ma vie, ma famille, mes amis. » La sécurité du connu. Mais de l’autre côté du mur, qu’y avait-il ? Sorane ! Il n’avait pas menti pour le reste, pourquoi mentirait-il à présent ?

La main continuant à faire des allers et venus entre son monde et cet univers inconnu, la peur au ventre comme jamais elle ne l’avait eut, Suraya ne savait que faire. C’était une belle nuit pourtant, qui aurait pu croire que Michael dormait dans la pièce d’à côté ?

Michael ! Il était là. Suraya eut soudain envie de crier, de réveiller son compagnon. Il fallait qu’il vienne, qu’il voie ça. Lui qui ne croyait en rien, comment pourrait-il expliquer cela ?

Elle cria, hurla, appela… en vain, aucun son ne sortait de sa gorge. Elle comprit alors qu’elle devait traverser cette épreuve seule. Elle qui avait pour habitude de consulter cent fois autour d’elle avant de prendre une décision ne pouvait que se fier à elle-même cette fois-ci.

La curiosité commençait à l’emporter sur la peur. Qu’y avait-il de l’autre côté ? Un autre monde ? Qui allait-elle voir ? Pourquoi elle ?

Soudain, des images venues de toute part se mirent à envahir son esprit. Elle avait vu un film étant petite où un garçon se retrouvait prisonnier dans un mur et atterrissait en enfer.

Suraya n’était pas une fervente croyante, cependant, une seule chose la terrorisait plus que tout : perdre son âme. Qui pouvait dire ce qui se passerait de l’autre côté ?       

Mais déjà elle sentait une force omniprésente qui la forçait à traverser ce passage. Peu importe ce qui ce trouvait de l’autre côté, Sorane n’avait pas mentit. C’était plus fort, il fallait qu’elle traverse. Elle ferma les yeux, retint instinctivement sa respiration et marcha droit devant elle.

Elle se sentie alors tomber, une chute qui sembla durer des heures. Sa tête martelait son crâne à force de tourner. Son cœur semblait faire des efforts surhumains pour rencontrer son estomac.

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle était allongée sur une surface dure. Une lumière aveuglante masquait sa vue et lui blessait les yeux.  Elle sentit des bras lui soulever doucement le buste et lui maintenir la nuque. Lorsque sa vision cessa un peu de se troubler, elle distingua au travers de la luminosité un visage penché sur elle qui lui souriait.

- Sorane ? articula t’elle avec difficulté.

- Oui, bonjour Gabrielle.

La voix était brisée par l’émotion.

Où était-elle ? Suraya n’en n’avait aucune idée. Son corps affaibli par cette épreuve hurlait de douleur, sa vision se brouilla à nouveau et Suraya sombra dans l’inconscience…. 

 

      


Par Suraya - Publié dans : suraya
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